Les défis de la régulation dans l’économie numérique (B)

Introduction

En se développant, le numérique s’est en quelque sorte créé son propre marché. Ce marché totalement novateur a vu apparaître de nouvelles techniques de commercialisations ainsi que de nouveaux modèles économiques. 
La régulation de l’économie du numérique est complexe pour différentes raisons. Tout d’abord ce modèle économique est basé sur la récolte des informations personnelles dites données des utilisateurs. On parle d’un business basé sur le BIG DATA.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur le fonctionnement des modèles économiques numériques, nous vous renvoyons à l’article suivant :

Dans cet article, nous nous intéresserons à la régulation de ce nouveau marché, que représente le numérique.


La nécessité de création d’une nouvelle fiscalité propre au numérique.

.Aujourd’hui, le cadre fiscal international actuel est obsolète face à l’économie du numérique.

En effet les règles fiscales traditionnelles reposent sur la notion de présence physique sur le territoire pour qu’un Etat puisse taxer une entreprise. Hors, les entreprises numériques peuvent générer du profit en vendant des biens dans un pays sans y avoir de bureau, ce qui permet d’éviter de payer plusieurs impôts.

Prenons l’exemple de Spotify.

Cette plateforme fournissait à des utilisateurs français un service d’écoute de musique en ligne. Sur cette plateforme un service premium permettant aux utilisateurs de ne pas avoir de publicité était disponible. Ainsi, Spotify générait des revenus en France mais n’était pas taxée dessus car l’entreprise ne possédait pas de bureau en France. C’est seulement à partir de Janvier 2024 que Spotify à commencer à être taxée en France. Pendant plusieurs années, l’Etat français subissait de par ce flou juridique sur la régulation des marchés numérique, un perte importante de recette fiscale. De plus, cette absence de taxation causait une concurrence déloyale aux entreprises traditionnelles, et PME qui payaient localement leurs impôts. Ainsi, spécifiquement pour les services numériques d’écoutes de musique, un nouvel impôt à dû être créé.

Nous observons que face au côté novateurs des services numériques proposées, les régulations ont dû mal à suivre la tendance. Il existe un écart entre le rythme technologique et le rythme politique, législatif.

Ajoutons à ce premier problème le fait que les entreprises numériques s’enrichissent principalement grâce aux données récoltés puis ensuite revendus. Hors ce mécanisme, ce marché est extrêmement compliqué à taxer et cela pour deux raisons.

Le profit n’est pas réalisé par la vente d’un bien matériel dans un magasin local, mais par l’accumulation et l’exploitation d’actifs immatériels (les données, les algorithmes, l’audience). Il est facile de taxer la vente d’une voiture, mais comment taxer un like ou une donnée de localisation ?

La valeur marchande d’une donnée individuelle est faible. C’est la valeur combinée de plusieurs données qui est importante. Dès lors déterminer la valeur imposable des données au moment où ces dernières sont collectées devient quelque chose d’extrêmement difficile, voir impossible.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons pu voir ces dernières années apparaître une nouvelle fiscalité propre au secteur du numérique.


Les leviers contemporains de régulation du numérique

Réguler les plateformes et les contenus

La régulation des plateformes numériques vise à garantir un environnement en ligne plus sûr et plus transparent. Elle repose sur plusieurs leviers : la modération des contenus, la lutte contre la désinformation, l’obligation pour les plateformes d’expliquer leurs pratiques (notamment publicitaires) et la mise en place d’une responsabilité accrue concernant les algorithmes qui mettent en avant les contenus. L’objectif est d’assurer que les grandes plateformes respectent des normes démocratiques et protègent les utilisateurs.

Réguler la concurrence

Le secteur numérique est marqué par la forte domination de quelques grandes entreprises, capables d’imposer leurs règles aux marchés et aux utilisateurs. Les politiques de régulation cherchent donc à limiter ces positions dominantes, à empêcher les acquisitions prédatrices qui étouffent les concurrents potentiels, et à réduire les effets de verrouillage créés par certains services « incontournables ». Ces actions visent à rétablir un environnement compétitif plus équitable et plus dynamique.

Réguler les données

Les données constituent aujourd’hui une ressource stratégique essentielle. Réguler leur usage signifie protéger les données personnelles grâce à des cadres solides comme le RGPD, limiter l’exploitation des données sensibles, garantir un haut niveau de sécurité et renforcer la souveraineté numérique des États. Cette régulation permet de préserver la vie privée tout en encadrant les pratiques économiques fondées sur la collecte massive d’information.

Encadrer l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle transforme profondément nos sociétés, mais elle comporte aussi des risques importants. La régulation de l’IA repose sur plusieurs principes : évaluer et gérer les risques, exiger de la transparence sur le fonctionnement des modèles, interdire certains usages comme la surveillance de masse ou les systèmes prédictifs sensibles, et mettre en place des procédures de certification. L’objectif est de garantir une IA fiable, éthique et respectueuse des droits fondamentaux.

Des régulations hétérogènes selon les pays

La régulation du numérique varie fortement d’un pays à l’autre, reflétant des visions politiques et économiques différentes.


Vers une gouvernance numérique globale : Un défi encore inachevé.

Les régulations nationales, même lorsqu’elles sont ambitieuses, atteignent vite leurs limites face à des acteurs du numérique présents sur plusieurs continents. Les plateformes transnationales opèrent à une échelle que les lois nationales seules ne peuvent pas encadrer efficacement, ce qui crée des failles et des zones d’ombre dans la régulation.

Pour répondre à ces enjeux, une gouvernance mondiale du numérique apparaît de plus en plus nécessaire. Elle permettrait d’éviter l’émergence de « paradis numériques », où certaines entreprises exploitent les différences légales entre pays, et d’harmoniser les règles pour garantir un environnement numérique plus juste et plus cohérent à l’échelle globale.

Des initiatives existent déjà, mais elles restent partielles et souvent non contraignantes. L’OCDE travaille sur l’instauration d’un cadre fiscal international, tandis que l’ONU et l’UNESCO tentent d’élaborer des principes éthiques communs pour l’intelligence artificielle. Par ailleurs, plusieurs États signent des accords bilatéraux pour encadrer les flux de données, mais ces démarches manquent de coordination globale.

Cependant, instaurer une véritable gouvernance internationale se heurte à de nombreux obstacles. Les rivalités géopolitiques, les divergences dans la conception des libertés numériques et les asymétries de puissance entre États compliquent la construction d’un cadre commun. Certains pays privilégient la sécurité, d’autres la liberté d’expression, et d’autres encore la compétition économique.

L’enjeu final est donc de concevoir un cadre international qui concilie innovation technologique, protection des droits fondamentaux, concurrence équitable et stabilité démocratique. Parvenir à cet équilibre représente l’un des plus grands défis politiques du XXIe siècle.


Conclusion

Le numérique a créé un marché inédit fondé sur la collecte de données et des modèles économiques puissants, mais difficiles à encadrer avec les règles classiques. Face à ces enjeux, les États développent de nouveaux outils de régulation : contrôle des plateformes, protection des données, lutte contre les positions dominantes ou encore encadrement de l’intelligence artificielle.

Cependant, ces régulation diffèrent en fonction des pays, ce qui limite leur efficacité face aux acteurs globaux. D’où la nécessité de construire une gouvernance internationale du numérique, capable d’harmoniser les règles, d’éviter les zones de non-droit et de protéger à la fois l’innovation, la concurrence et les droits fondamentaux.

Le défi reste immense, mais il conditionne l’avenir d’un environnement numérique plus juste, plus sûr et réellement démocratique.


Sources

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